Maison de Tante Léonie - Musée Marcel Proust




La période estivale est propice aux visites et flâneries. La commune d'Illiers-Combray dans l'Eure-et-Loir propose un pèlerinage littéraire autour de Marcel Proust et son oeuvre A la recherche du temps perdu. Les lecteurs et non-lecteurs qui veulent découvrir l'oeuvre et l'enfance de Marcel Proust peuvent visiter la maison de Tante Léonie ainsi que le musée ; puis, partir en balade dans le Pré Catelan, modèle du parc de Tansonville. 

La Grande Planche enjambe le Loir
Le Pont-Vieux et la Vivonne dans l'oeuvre

C'est à Illiers, rebaptisée Illiers-Combray en 1971 pour le centenaire de la naissance de l'auteur, que le le petit Marcel passait ses vacances chez son oncle et sa tante paternelle Jules et Elisabeth Amiot. Dans la fiction, il s'agit de la maison de la Tante Léonie à Combray où séjourne le héros lors des vacances.
La façade de la maison a tout d'abord été à colombages. Puis l'oncle Jules a orientalisé la demeure avec les faïences d'inspiration ottomane qui ornent les fenêtres. Le jardin avec son palmier nain accentue l'orientalisme. La maison est aussi pourvue d'un hammam inachevé qui n'est pas accessible au public. Par ailleurs, le Pré Catelan créé par Jules, "l'oncle horticulteur", est un jardin à caractère exotique. 


La visite guidée de la maison et du musée nous invite à découvrir, à partir du lieu réel, ceux de la fiction. A la recherche du temps perdu fait référence à deux côtés "inconciliables", deux promenades dans la campagne de Combray: le côté de chez Swann qui représente la bourgeoisie provinciale et le côté de Guermantes qui représente l'aristocratie. 

En entrant dans la maison de Tante Léonie, le visiteur découvre la cuisine pittoresque avec sa souillarde, le salon oriental, les objets ramenés d'Algérie et les chambres à l'étage. Le visiteur éprouve une certaine émotion en montant l'escalier qui sépare le héros de sa mère lors du drame du coucher. La chambre de ce dernier est bien sûr dotée de la fameuse "lanterne magique" et du livre de George Sand, François le Champi.

La lanterne magique (à gauche) dans la chambre du héros


Dans la chambre de Tante Léonie, le visiteur retrouve la tasse, la petite soucoupe et la célèbre madeleine en forme de coquille Saint-Jacques. 


La chambre de Tante Léonie



Nous ne pouvons résister ici à livrer cet extrait de l'épisode de la madeleine illustrant le processus de la mémoire dite involontaire:

     Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse: ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l'appréhender? […]
    Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

         Marcel Proust - Du coté de chez Swann - A la recherche du temps perdu

Sous les combles, la salle des photographies de Paul Nadar, fils de Nadar, offre à voir les portraits de famille et de la haute société de l'époque:  cercles intellectuels parisiens, femmes influentes des salons littéraires, artistes et modèles qui ont influencé l'auteur.  Le visiteur peut découvrir, entre autres, le portrait de Marie de Benardaky, premier amour de Marcel, et celui de Charles Haas qui inspira le personnage de Charles Swann.
Le Musée rassemble la bibliothèque, des objets, des photographies, des correspondances et documents ayant appartenu à la famille ainsi qu'une vitrine consacrée à Céleste Albaret, servante dévouée à l'écrivain. Elle a d'ailleurs inspiré le personnage de Françoise dans A la recherche du temps perdu. En 1973, Céleste Albaret livre ses souvenirs dans Monsieur Proust.

La maison de Tante Léonie est davantage une maison de souvenirs qu'une maison d'écrivain puisque Marcel Proust n'y a pas écrit. La maison de Tante Léonie est classée Monument historique.

La maison de Tante Léonie, le Musée Marcel Proust et le Pré Catelan sont des lieux emplis de personnages et de souvenirs. Pourquoi ne pas pousser la balade littéraire jusqu'à Cabourg-Balbec? 

Informations concernant la visite: ICI.





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