Passer le pont de Pia Petersen


Dans ce roman, l'écrivaine d'origine danoise relate la descente aux enfers de Kara. Licenciée, la jeune femme se retrouve démunie. Elle rencontre par hasard un ancien camarade du lycée qui l'invite à assister aux cours d'un certain Nathan. Ni vraiment professeur, ni vraiment psychologue, Nathan représente l'autorité charismatique d'une étrange communauté. C'est une sorte de gourou qui vit entouré de trois femmes. Il organise des rencontres avec des étudiants et d'autres adeptes dans le but de déconstruire leur personnalité pour mieux les reconstruire et "créer de l'amour". Ainsi, Kara sera mise au défi: incapable d'aimer Nathan, elle devra prouver à la communauté son désir de changer à travers différentes épreuves. Lucide mais fascinée par cet homme qui voit à travers elle, il lui est difficile de partir. Sa situation précaire rend d'autant plus difficile son retour dans le monde.

A travers le récit de Kara, se met en place le cruel mécanisme de la manipulation mentale: mise en précarité et par conséquent en dépendance, rupture des liens familiaux et sociaux, autorité du mentor sur le groupe, l'idée d'un microcosme plus sain que ce que la société a à offrir, chantage sexuel et spoliation.

Tout l'intérêt du roman réside dans l'ambiguïté. En effet, Kara se demande à plusieurs reprises si elle appartient vraiment à une secte. Certains éléments peuvent indiquer le contraire: les adeptes ne sont pas vraiment enfermés, ils peuvent être amenés à vivre entre eux mais en dehors de chez Nathan. Jamais ce dernier ne les contraint par la force, c'est là d'ailleurs que se révèle toute la puissance de la manipulation. Le groupe est dépendant du maître. Nathan les invite à lire pour se construire, ce qui n'est pas une chose négative. Cependant, Kara ne livre pas d'information sur la bibliothèque de Nathan et le lecteur ne sait pas quelles sont leurs lectures. 

Le personnage de Kara est également assez contradictoire: consciente de se faire manipuler et n'adhérant pas toujours aux idées de Nathan, elle souhaite malgré tout appartenir au groupe, être digne du maître et combler le vide qu'elle ressent. 

Dans un style simple et assez redondant - Pia Petersen use beaucoup de la conjonction de coordination "et" et des répétitions - le lecteur suit le cheminement intérieur de Kara, jeune femme perdue qui cherche sa place.

  Pia Petersen

Commentaires

Articles les plus consultés