samedi 18 mars 2017

Fleur des Neiges de Pierre-Marie Beaude, ill. de Claude Cachin


Fleur des Neiges est une jeune fille qui vit au pays du Soleil-Levant. Elle aime observer Matsuo Seki, le vénérable écrivain public.  Ce dernier, conscient de la volonté et de la patience de Fleur des Neiges, accepte de lui enseigner son art. Pendant six ans, elle rédige des testaments, des faire-part et des lettres. Elle apprend également l’art de la calligraphie et à apprivoiser les mots de manière poétique. Fleur des neiges aime en secret Tadashi et lorsque ce dernier lui demande d’écrire une lettre d’amour pour Noriko, elle écrit cette lettre avec tout son cœur, se rappelant les conseils de feu son maître malgré  sa peine. Sa magnifique lettre contribue à affirmer sa réputation dans toute la région. Lorsqu’un grand prince lui demande d’écrire une lettre d’amour, elle s’en sent incapable car son cœur est endolori. Mais le prince est persuadé que seule une femme peut convaincre une autre femme. Face à la menace de mort, Fleur des Neiges est contrainte d’accepter. La domination masculine présente dans ce Japon  d’antan est représentée par le prince qui est une figure ambivalente dans ce conte. Fleur des Neiges est  devenue la seule femme écrivain public du Japon en suivant l’initiation de Matsuo Seki. Grâce à ce nouveau statut – nous pouvons mentionner la modernité de l’archétype féminin – son destin est en marche…  Fleur des Neiges est l’histoire d’une femme née paysanne et qui par sa volonté réussit à conquérir une nouvelle fonction sociale. La fin du conte révèle une double ascension et le changement du prince qui rejette ses biens matériels pour s’ouvrir à l’amour.

Un magnifique album aux illustrations épurées qui nous baladent dans le Japon d’antan.  


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Thème de mars: modernité de l'archétype féminin

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dimanche 26 février 2017

Le Petit Chaperon vert


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L'application Le Petit Chaperon vert était proposée gratuitement cette semaine sur l'App Store.
Cette application n'a rien à voir avec Le Petit Chaperon Vert de Grégoire Solotareff et Nadja .
Il s'agit d'un livre interactif édité par Bobaka proposant une réécriture du célèbre conte Le Petit Chaperon rouge dont nous connaissons les versions de Charles Perrault et des frères Grimm et de nombreuses réécritures et relectures.
L'histoire est transposée dans un petit village magnifique où la nature tient une place importante. Ainsi, le Petit Chaperon vert adore planter des fleurs et faire pousser des légumes. Sa grand-mère est professeur de yoga et le loup a bien du mal à attraper ses proies, des animaux yogis agiles en bonne santé. Il décide alors de jouer un tour à Grand-mère afin qu'elle cesse de leur donner des cours! Une belle réécriture dans une ambiance zen et écolo qui apporte une certaine fraîcheur au conte.


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L'application est un véritable livre augmenté: l'album est animé (le graphisme a été réalisé par l'illustrateur russe Andrey Gordeev) et fourmille de détails, le lecteur peut animer lui-même les personnages au fil de l'histoire. L'application propose également le livre de cuisine de Grand-mère avec de nombreuses recettes et des mini-jeux.
Un livre interactif qui réjouira petits et grands.
Dès 4 ans.

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Thème de février: Livre numérique

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samedi 25 février 2017

Mémoire vive de Sarah Gensburger



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Mémoire vive. Chroniques d’un quartier, Bataclan 2015-2016 de Sarah Gensburger est une étude sur les hommages rendus aux victimes des attentats de janvier et novembre 2015.
Sarah Gensburger est chercheuse au CNRS (Institut des Sciences sociales du Politique) et participe au projet REAT (Recherches sur les réactions aux attentats).
Pendant 19 mois, elle étudie les traces urbaines qui portent la mémoire des attentats dans le XIe arrondissement. Les fleurs, les objets, les bougies, les messages et les drapeaux sont au centre des chroniques. Habitante du quartier, elle relève les nouvelles conditions spatiales pour les « riverains des attentats ». Le trottoir du Bataclan longtemps inaccessible, la place de la République transformée en mémorial éphémère qui cohabite par moment difficilement avec les mobilisations sociales (manifestations et Nuit debout) et les revendications politiques. Ainsi, la place de la République est un espace à temps multiples, où chacun donne sens aux mobilisations et aux événements passés. Elle représente à la fois une action et une mémoire.Ce mémorial n'est pas officiel, à la différence de l'arbre du souvenir situé à l'extrémité ouest de la place. 
Des collectifs ont vu le jour comme les « Voisins de Charlie » ou « 17 plus jamais » en hommage aux 17 victimes de janvier 2015. Les membres de ce collectif protègent, mettent en scène et jettent les messages et objets laissés par les passants. A travers ces chroniques, l'auteur, qui est à la fois chercheuse et riveraine, observe les actions destinées à conserver les hommages : «17 plus jamais » qui a maintenant réinvesti l'arbre du souvenir, les services de la ville de Paris, les archives et enfin les réseaux sociaux. L'auteur pose une question essentielle concernant la conservation: comment trier? Pourquoi un message devrait-il être conservé plutôt qu'un autre? Qui est en mesure de décider ce qui doit être conservé et ce qui peut être jeté? Le caractère répétitif des attentats complique également le travail de collecte. 
Lors des journées du patrimoine 2016, une exposition hommage aux victimes a été organisée dans le XIXe arrondissement par les archives de Paris, marquant ainsi l'entrée de la mémoire des attentats de 2015 au musée. 
Enfin, Sarah Gensburger s'interroge sur les pratiques de «dark tourism», analyse la fréquentation de son quartier depuis les attentats (différence de témoignage selon le genre, fréquentation différente la semaine et le week-end, passage des touristes et des Parisiens) ainsi que les messages qui appellent à la tolérance. Elle remarque également que la lecture des messages dépend des facteurs spatiaux. 
Un ouvrage essentiel sur ces lieux où se sont déroulés les attentats et les nouvelles conditions spatiales des habitants qui ont vu leur quartier se transformer en un lieu de recueillement et d'hommage. Un mémorial éphémère et non officiel, témoignant à un moment précis des émotions des Français. 

Le livre se présente sous forme de chroniques illustrées de photographies. Seul bémol: la manipulation du livre, qui se présente sous forme de coffret, n'est pas toujours aisée.

Je remercie l'opération «Masse critique» Babelio et les éditions anamosa pour l'envoi de cet ouvrage. 

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dimanche 5 février 2017

Chez moi de Sébastien Mourrain et Davide Cali

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Un garçon né en bord de mer va passer sa vie à chercher son « chez-soi ».
Il est bien question d’habitat dans cet album où le héros est à la recherche de conditions de vie qui lui conviennent. Au fil des pages (une double page texte-image suivie d’une double page entièrement illustrée), notre héros va changer d’environnement au gré de ses envies.  Vivre près de la mer ne lui plaît pas, il est davantage attiré par le dynamisme de la ville. Mais il s’en lassera et tentera d’explorer d’autres horizons. A travers la quête de son « chez-soi », le héros cherche sa place dans le monde. Une belle réflexion, richement illustrée et colorée par Sébastien Mourrain, sur l’importance du « chez-soi » (dans ce qu’il a d’affectif), élément déterminant dans notre accomplissement et notre épanouissement. Trouver son « chez-soi », c’est se trouver soi même semblent dire les auteurs.

Un album qui peut servir de support à un atelier philo jeunesse.

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Thème de janvier: Habitat

dimanche 15 janvier 2017

Le Grand Méchant Renard


A quelques jours du Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême, retour sur Le Grand Méchant Renard de Benjamin Renner, Fauve d'Angoulême Prix Jeunesse 2016.
Un renard, piètre prédateur, aimerait inspirer la peur et le respect comme le loup auprès de ses proies. Après avoir volé trois oeufs à une poule, il devient la maman de poussins qui se pensent méchants renards!
Le récit repose essentiellement sur ce malentendu et l'inversement des valeurs: un renard couard et protecteur et des poussins qui se voient prédateurs. 
Le lecteur s'attache à ce renard qui ne correspond pas à ce que la société attend de lui. Devenu mère malgré lui, le voilà qu'il se découvre l'instinct maternel! Et pour des poussins! La situation est propice aux gags, surtout quand le renard se retrouve dans la basse-cour. En renversant les stéréotypes animaliers, Benjamin Renner livre une jolie fable sur la différence et la naissance de l'amour maternel.

mardi 27 décembre 2016

Sur les traces de Franz Kafka à Prague



Prague, la capitale de la République tchèque, est un endroit magique pendant les fêtes de fin d'année.
Il est bon de profiter des marchés de Noël, de son architecture variée et pour les littéraires de flâner dans les rues où vécut le célèbre écrivain (1883-1924).

Les Kafka étaient juifs et résidaient dans l'ancien quartier juif de Josefov. La maison d'origine a été ravagée par un incendie. Une plaque réalisée par le sculpteur Hladik permet de repérer facilement la maison "U Veze" (A la tour) où naquit l'écrivain.

La maison natale de Franz Kafka



La maison d'enfance de Franz Kafka se situe dans la vieille ville, Staré Mesto. Il y résida de 1889 à 1896. La maison Dum U Minuty (à la minute) est proche de l'hôtel de ville. Elle est ornée de sgraffites représentant des scènes de la Bible, de la mythologie ainsi que des légendes de la Renaissance. 

La maison d'enfance de l'écrivain

Franz Kafka a étudié à l'Université Charles. En direction du Château, au n°22 de la ruelle d'Or, se trouve la maisonnette de la sœur de Franz Kafka. Elle a été transformée en librairie dédiée à l'auteur. 

n°22 de la ruelle d'Or

Non loin de là, le Musée Kafka propose de nombreux documents sur l'écrivain tourmenté (archives, films, lettres, photographies, sculptures, etc.). Dans la cour du Musée, vous remarquerez Piss, sculpture contemporaine de David Cerny. Elle représente deux hommes qui urinent dans un bassin ayant la forme de la République tchèque. Le Musée est situé près du célèbre Pont Charles.

Le Musée Kafka

Piss par le sculpteur tchèque David Cerny


Si vous résidez à l'hôtel Century Old Town, ancien bâtiment de la Compagnie d'assurances ouvrières où Kafka travaillait de 1908 à 1922, vous aurez peut-être l'occasion de dormir dans son bureau, au deuxième étage, chambre 214.

Hôtel Century Old Town

Franz Kafka retrouvait ses amis artistes dans les cafés lors de réunions littéraires. Le Café Kafka, situé à Josefov, rappelle cette époque. 

Café Kafka


Statue Kafka à Josefov

La tombe de Franz Kafka se situe au nouveau cimetière juif, en dehors du centre ville.

Pour retrouver l'ambiance praguoise, plongez dans Un médecin de campagne (1919), récits écrits au n°22 de la ruelle d'Or.

Pour les amateurs de musique classique, une balade sur les traces d'Antonin Dvorak est également possible!

mercredi 2 novembre 2016

En scène! de Cuvie


En scène! est un manga sur l'apprentissage de la danse classique. Lorsque Kanade, une petite fille, voit sa voisine Lisa sur scène lors d'une représentation de sa compagnie, elle décide de devenir ballerine. 
Kanade est pleine de ressources mais la danse classique demande discipline, patience et rigueur. Kanade devra faire preuve de courage pour parvenir à son but. Très déçue de ne pas porter de pointes comme ses camarades, elle devra tout donner en demi-pointes lors de son interprétation de Cupidon dans le ballet Don Quichotte. Elle pourra compter sur son amie Lisa pour l'aider.
Un premier tome prometteur pour les amateurs de danse classique. L'apprentissage de la petite Kanade n'est pas sans rappeler celui de Polina, l'héroïne de Bastien Vivès.



dimanche 30 octobre 2016

L'acteur cinéaste



L'acteur cinéaste. Devant et derrière la caméra est un ouvrage paru aux Impressions nouvelles (collection Caméras subjectives) coordonné par N. T. Binh et José Moure, enseignants en Licence et Master Cinéma à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
L'ouvrage est composé de 8 interviews d'acteurs cinéastes. 

Les acteurs cinéastes sont d'accord pour dire que l'expérience du jeu aide les réalisateurs à mieux comprendre les acteurs. La mise en scène est difficile car elle demande une grande maîtrise et connaissance, ce qui est angoissant.  Au fil des interviews, les acteurs cinéastes expliquent leur manière d'appréhender un film, en tant qu'acteur, cinéaste ou acteur cinéaste. 

Mathieu Amalric effectue, comme Alain Resnais, un travail préparatoire de visualisation du film, comme un spectateur. Guillaume Gallienne, qui voulait faire un film avant la pièce Les garçons et Guillaume, à table! a également visualisé son film avant de le réaliser. Emmanuelle Bercot explique qu'elle doit aussi voir le film en le lisant ou l'écrivant (la mise en scène passe par l'écriture). Michel Blanc pense mise en scène en écrivant et comme les réalisateurs précédents, écrit visuellement.  A la différence de Mathieu Amalric pour qui les cinéastes sont seuls et doivent tout maîtriser (Joseph Morder dit qu'il est responsable de tout!), Emmanuelle Bercot trouve que le cinéaste est entouré et moins seul que l'acteur. Maria de Medeiros révèle avoir beaucoup appris sur les tournages en tant qu'actrice où elle disposait de temps pour observer. C'était une école fabuleuse pour une future réalisatrice. Joseph Morder est d'accord sur ce point, être dirigé lui permet d'apprendre sur son métier de réalisateur. Le casting est également évoqué. Lors de l'écriture, Emmanuel Mouret se projette dans ses personnages, mais les images qui lui viennent sont celles d'acteurs de cinéma classique. Il repart à zéro au moment de la distribution des rôles. Nicole Garcia peut écrire en pensant à un acteur qui lui semble le plus proche du personnage mais qui va par la suite amener le rôle vers autre chose. Emmanuelle Bercot prend un acteur lorsqu'elle pense qu'il est le meilleur pour incarner le personnage. Guillaume Gallienne avoue qu'il est essentiel d'avoir confiance en son casting. Pour lui, l'être est plus important que le faire. Michel Blanc écrit d'abord son personnage avant de réfléchir à l'acteur. En tant qu'acteur, il aime le défi, se dire qu'il ne va pas y arriver. Il est difficile pour lui de jouer dans son propre film car il faut écouter les autres. Un metteur en scène est un accoucheur. Le tournage est un moment périlleux à la différence du montage qui s'effectue dans le calme et de manière moins précipitée. Il faut que le spectateur comprenne ce que le réalisateur a voulu dire. La réalisatrice Nicole Garcia aime également faire le montage car il s'agit, à la différence de l'acteur, d'aller au bout du film. Le montage récrit le film. Pour Guillaume Gallienne, si le texte n'avait pas beaucoup bougé, il fallait gardé un fil conducteur, une fluidité pour le passage à l'écran de Les garçons et Guillaume, à table! car il n'était plus seul sur scène. Il est important de profiter de l'imprévu, de faire du cinéma sur le vif. 

Un ouvrage qui permet de comprendre comment un acteur cinéaste se démène avec ses deux voire trois casquettes lorsqu'il joue dans ses propres films. Car comme dit Michel Blanc: "Etre acteur et metteur en scène rend un peu schizophrène"!


Michel Blanc: "Etre acteur et metteur en scène rend un peu schizophrène"!


Je remercie Babelio et l'opération Masse critique pour l'envoi de cet ouvrage.



dimanche 4 septembre 2016

Paris d'enfants



Notre établissement organise des sorties scolaires avec Paris d'enfants.
L'an dernier, pour la journée d'intégration des classes de Seconde, nous avons participé au rallye Le Montmartre des artistes. Cette année, nous avons choisi le rallye Sur les pas de Molière. Un(e) guide accompagne chaque groupe qui doit suivre les indications du jeu de piste dans les rues pour trouver les informations. A chaque point important du parcours, le ou la guide donne des explications aux élèves avant de les relancer en autonomie vers le point suivant. 
Un livret est fourni à chaque participant. Une manière ludique de découvrir Paris, son architecture, son histoire et la vie des artistes. Une introduction active et animée au programme de français! 

SUR LES PAS DE MOLIERE

Départ de Saint-Eustache où Molière fut baptisé





La fontaine dédiée à Molière annonce la fin du parcours


LE MONTMARTRE DES ARTISTES

Départ du mur des je t'aime

Fin de parcours au Sacré-Cœur avec une belle vue de Paris

mardi 30 août 2016

Nerve



Vee (Emma Roberts) est une jeune fille réservée qui comme ses amis est multi-connectée. Sydney, sa meilleure amie, participe à un jeu en ligne, Nerve. Ce jeu est un véritable phénomène auprès des adolescents. Il consiste à relever des défis lancés par des anonymes en étant suivi par le plus de "voyeurs" possibles. Lorsque Vee décide d'entrer dans l'action en devenant joueuse, sa vie tranquille va basculer. Elle va alors faire équipe avec Ian (Dave Franco), un garçon mystérieux prêt à relever les défis les plus dangereux.
Il s'agit d'une histoire d'émancipation d'une jeune fille qui montre la place exagérée qu'ont pris les écrans et les réseaux sociaux dans nos vies (la première scène du film est très révélatrice). Les adolescents sont toujours connectés, le portable à la main, prêts à filmer à tout moment. Le but étant de relever des défis de plus en plus fous et dangereux (on pense à Jackass) et d'être vu par un maximum de "voyeurs". Si la mise en scène est parfois racoleuse, Nerve a le mérite de faire réfléchir sur Internet et ses dangers (le Darknet, le piratage informatique) et les pratiques des adolescents. Le film montre très bien notre société de l'image et nous invite à nous demander s'il s'agit encore de voyeurisme lorsqu'on fait tout pour être vu de tous? Dans Nerve, les adolescents sont des victimes consentantes du jeu qui exploite leurs données personnelles: géolocalisation, informations bancaires, etc. L'argent gagné passe au second plan, ce qui compte est l'illusion d'être suivi, d'être connecté aux autres quitte à perdre sa vie. Un film qui tombe à pic, en plein phénomène Pokémon Go!
Ariel Schulman et Henry Joost ont adapté le roman Addict de Jeanne Ryan.

vendredi 26 août 2016

Comme des bêtes


Le film d’animation Comme des bêtes de Yarrow Cheney et Chris Renaud part d’un postulat exaltant : que font nos animaux de compagnie en notre absence ?
Max, un Jack Russel, est très attaché à sa maîtresse Katie. En son absence, il passe son temps  avec ses congénères habitant dans son immeuble : Chloe, la chatte vorace qui en profite pour dévorer les plats de ses maîtres,  Buddy le teckel adepte des massages, le hamster qui se perd dans les conduits, la belle Gidget et bien d’autres. Le caniche royal Léonard fan de metal et le pauvre Papi paralysé n’ont rien à envier aux Minions, sortis du même studio, Illumination
Un jour, Katie libère un gros chien de la fourrière, Duke. Jaloux, les deux canidés ont du mal à cohabiter... A la suite d’une promenade qui tourne mal, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ville. Commence alors un incroyable voyage pour retourner chez Katie. Aidés par les compagnons de Max, ils vont devoir affronter bien des épreuves : échapper à la fourrière et surtout à Pompon, le lapin blanc qui règne sur les animaux abandonnés et déteste les hommes.
Un film d’animation enlevé qui derrière les péripéties dénonce l’abandon et la maltraitance animale. Le compagnon de Pompon, le cochon tatoué, témoigne de la folie des hommes. L’opposition entre les animaux des rues et les animaux chanceux élevés dans un foyer aimant prend tout son sens.



mardi 16 août 2016

Maison de Tante Léonie - Musée Marcel Proust




La période estivale est propice aux visites et flâneries. La commune d'Illiers-Combray dans l'Eure-et-Loir propose un pèlerinage littéraire autour de Marcel Proust et son oeuvre A la recherche du temps perdu. Les lecteurs et non-lecteurs qui veulent découvrir l'oeuvre et l'enfance de Marcel Proust peuvent visiter la maison de Tante Léonie ainsi que le musée ; puis, partir en balade dans le Pré Catelan, modèle du parc de Tansonville. 

La Grande Planche enjambe le Loir
Le Pont-Vieux et la Vivonne dans l'oeuvre

C'est à Illiers, rebaptisée Illiers-Combray en 1971 pour le centenaire de la naissance de l'auteur, que le le petit Marcel passait ses vacances chez son oncle et sa tante paternelle Jules et Elisabeth Amiot. Dans la fiction, il s'agit de la maison de la Tante Léonie à Combray où séjourne le héros lors des vacances.
La façade de la maison a tout d'abord été à colombages. Puis l'oncle Jules a orientalisé la demeure avec les faïences d'inspiration ottomane qui ornent les fenêtres. Le jardin avec son palmier nain accentue l'orientalisme. La maison est aussi pourvue d'un hammam inachevé qui n'est pas accessible au public. Par ailleurs, le Pré Catelan créé par Jules, "l'oncle horticulteur", est un jardin à caractère exotique. 


La visite guidée de la maison et du musée nous invite à découvrir, à partir du lieu réel, ceux de la fiction. A la recherche du temps perdu fait référence à deux côtés "inconciliables", deux promenades dans la campagne de Combray: le côté de chez Swann qui représente la bourgeoisie provinciale et le côté de Guermantes qui représente l'aristocratie. 

En entrant dans la maison de Tante Léonie, le visiteur découvre la cuisine pittoresque avec sa souillarde, le salon oriental, les objets ramenés d'Algérie et les chambres à l'étage. Le visiteur éprouve une certaine émotion en montant l'escalier qui sépare le héros de sa mère lors du drame du coucher. La chambre de ce dernier est bien sûr dotée de la fameuse "lanterne magique" et du livre de George Sand, François le Champi.

La lanterne magique (à gauche) dans la chambre du héros


Dans la chambre de Tante Léonie, le visiteur retrouve la tasse, la petite soucoupe et la célèbre madeleine en forme de coquille Saint-Jacques. 


La chambre de Tante Léonie



Nous ne pouvons résister ici à livrer cet extrait de l'épisode de la madeleine illustrant le processus de la mémoire dite involontaire:

     Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse: ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l'appréhender? […]
    Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

         Marcel Proust - Du coté de chez Swann - A la recherche du temps perdu

Sous les combles, la salle des photographies de Paul Nadar, fils de Nadar, offre à voir les portraits de famille et de la haute société de l'époque:  cercles intellectuels parisiens, femmes influentes des salons littéraires, artistes et modèles qui ont influencé l'auteur.  Le visiteur peut découvrir, entre autres, le portrait de Marie de Benardaky, premier amour de Marcel, et celui de Charles Haas qui inspira le personnage de Charles Swann.
Le Musée rassemble la bibliothèque, des objets, des photographies, des correspondances et documents ayant appartenu à la famille ainsi qu'une vitrine consacrée à Céleste Albaret, servante dévouée à l'écrivain. Elle a d'ailleurs inspiré le personnage de Françoise dans A la recherche du temps perdu. En 1973, Céleste Albaret livre ses souvenirs dans Monsieur Proust.

La maison de Tante Léonie est davantage une maison de souvenirs qu'une maison d'écrivain puisque Marcel Proust n'y a pas écrit. La maison de Tante Léonie est classée Monument historique.

La maison de Tante Léonie, le Musée Marcel Proust et le Pré Catelan sont des lieux emplis de personnages et de souvenirs. Pourquoi ne pas pousser la balade littéraire jusqu'à Cabourg-Balbec? 

Informations concernant la visite: ICI.





lundi 15 août 2016

Exit Wounds de Rutu Modan


En 2002, à Tel-Aviv, Kobi Franco, chauffeur de taxi est approché par Nomi, une jeune femme au physique impressionnant. Cette dernière a eu une relation avec son père et est persuadée qu'il est la cinquième victime non identifiée d'un attentat. Kobi n'est pas proche de son père Gabriel mais devant l'insistance de la jeune femme, il accepte de la suivre pour aider à l'identification. Si leur relation ne sera pas simple, ils vont se rapprocher à mesure qu'il découvriront la vie tumultueuse de Gabriel. 
Cette BD a reçu de nombreuses récompenses dont le Prix France Info de la Bande dessinée d'actualité et de reportage et le Prix Essentiel d'Angoulême en 2008. 
L'histoire est très touchante et fait d'autant plus écho dans le contexte actuel. L'identification des victimes d'attentat peut s'avérer difficile, laissant les proches dans une attente insupportable.