lundi 25 août 2014

La Panne


La Panne est un court roman de Friedrich Dürrenmatt, écrivain suisse de langue allemande du XXe siècle. Alfredo Traps, représentant de commerce, est bloqué par une panne de voiture au pied d'un petit coteau. Un juge à la retraite lui propose de passer la nuit chez lui. Il va alors assister à un étrange repas : le juge et ses amis, l'avocat et le procureur, s'amusent à simuler des procès. Et Alfredo Traps va endosser le rôle de l'accusé dans son propre procès!

L'originalité de l'histoire relève de son ambiguïté : entre jeu de beuverie et réel procès, le lecteur - comme Alfredo Traps - se demande si cette accusation est du lard ou du cochon... Cette ambiguïté est d'ailleurs renforcée par le dénouement qui interroge le pouvoir de la justice ainsi que ses mécanismes.

A voir : l'adaptation cinématographique d'Ettore Scola, La Plus Belle Soirée de ma vie (1972). 

jeudi 31 juillet 2014

New York Melody


La traduction française du titre fleure bon la comédie romantique. Mais Begin again n'est pas une comédie romantique classique. John Carney en déjoue astucieusement les codes. La fin ne se devine pas dès les premières minutes et le film offre de belles surprises aux spectateurs. 
Gretta (Keira Knightley), terrassée par une rupture amoureuse, croise la route de Dan (Mark Ruffalo), producteur de musique qui se trouve également dans une mauvaise passe. Grâce à la musique, ils vont se lancer dans une belle aventure : enregistrer un disque in situ dans les rues de New York. 
La musique occupe une place importante tout au long du film. Par les artistes présents au casting (Adam Levine et Cee Lo Green), les flash-back et les réjouissantes scènes d'enregistrement dans les rues de New York. La BO est certes un peu mièvre mais la fraîcheur des interprètes dynamise le propos. La balade nocturne musicale de Gretta et Dan constitue un très beau moment. 
Enfin, dans un contexte de crise de l'industrie musicale, le film propose une belle alternative!

samedi 12 juillet 2014

Lendemains de cendres


Dans cette BD historique, Séra retrace la fin du régime des Khmers rouges, au moment de l'invasion du Cambodge par l'armée vietnamienne. Séra, dessinateur d'origine cambodgienne, rend compte de la violence subie par un peuple condamné à la faim et l'exil. 
Les grandes cases pour le décor et les couleurs sombres permettent de mettre en relief les personnages, Nhek et Chantrea, en proie à la monstruosité du régime communiste de Pol Pot.
Un témoignage choc qui par son récit et ses illustrations relève davantage de l'album que de la BD.

dimanche 29 juin 2014

Entre ciel et terre


Entre ciel et terre est un manhua de Golo Zhao (La Balade de Yaya). Petite Huit est une petite fille attristée par le décès de sa maman. Rejetée par les villageois, elle n'a qu'un seul ami, Ming. Petite Huit n'aspire qu'à une chose: rejoindre sa mère au ciel. Un soir, elle disparaît après être montée dans l'arbre le plus haut et le plus proche du ciel. Ming est bouleversé par sa disparition. Quelques années plus tard, il rencontre une créature fabuleuse dans la forêt. Aurait-elle un lien avec Petite Huit? 
Un premier volume onirique et sensible qui nous plonge au cœur de la Chine rurale et de ses traditions. Beaucoup de questions reste en suspens, on attend la suite avec impatience!

dimanche 22 juin 2014

Israël, Les blessures d'un destin



Grâce au réseau social de lecteurs Babelio et à l'opération Masse Critique, j'ai découvert les Éditions Nevicata et la collection L’Âme des peuples. J'ai reçu Israël, Les blessures d'un destin d'Aude Marcovitch, correspondante à Tel Aviv pour la RTS et Libération.

L'ambition de cette collection est d'être un "décodeur" et de revisiter l'image d'un pays. A travers les témoignages des citoyens de l'Etat hébreu, nous voyageons au cœur de la complexité israélienne.

Nous découvrons Moshe, espion du Mossad, qui regrette que le facteur humain ne soit pas assez pris en compte; les relations entre des parents laïcs et leur fille ultraorthodoxe;  Elimelech, ultraorthodoxe qui tente de concilier religion et actions militaires; le parcours de Mukhles, membre de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et ses arrestations et incarcérations; les témoignages des soldats qui brisent le silence sur leurs expériences de terrain et la vie dans les colonies.

Les récits s'attachent également à l'architecture de Tel Aviv et ses nouveaux lieux festifs et bondés, ville innovante où fleurissent de nombreuses startups, et à son festival du Cinéma du Sud, créé en 2002 par Avner Faingulernt.

Enfin, ces témoignages sont suivis d'un entretien avec la sociologue Eva Illouz. Elle fait le point sur la situation actuelle et aborde la question religieuse et démocratique.

Le conflit israélo-palestinien est difficile à comprendre. Grâce à ce petit  livre qui se lit d'une traite, nous y voyons plus clair. Le retour historique est éclairé par le présent et permet d'appréhender Israël aujourd'hui.

Le plus: la bibliographie en fin d'ouvrage qui offre la possibilité d'approfondir ces pistes et le petit format du livre.

dimanche 1 juin 2014

Maléfique


Les studios Disney consacrent leur nouveau film au personnage de Maléfique, la méchante fée de La Belle au bois dormant. Sorte de prequel et de remake du long métrage d'animation de 1959, le film change d'héroïne et explique pourquoi Maléfique, gardienne de la forêt, est devenue méchante. Car la méchante n'est pas vraiment méchante! C'est une femme blessée dans son amour propre. Ici, Robert Stromberg invente ce qui était tu dans le premier long métrage inspiré de Charles Perrault et des frères Grimm. 

Hantée par un désir de vengeance, Maléfique fait d'Aurore sa proie. Cette version souhaite sans doute moderniser le conte en lui apportant une portée féministe, notamment en changeant le dénouement. Les personnages de la première adaptation sont repris. Pas d'évolution pour les hommes des histoires de princesses qui restent insignifiants : l'esclave de Maléfique est velléitaire et le prince Philippe ne sert... à rien!  Du côté des femmes, les fées sont tellement idiotes qu'on comprend pourquoi Aurore leur préfère la compagnie de Maléfique... 
Esthétiquement, les personnages sont bien travaillés et jouent sur les contrastes. Outre les couleurs qui les représentent, le visage poupon d'Elle Fanning s'oppose à celui anguleux d'Angelina Jolie. 

Cette réécriture de la fin du conte réhabilite le personnage de la méchante et tente de dépasser le manichéisme habituel propre à Disney. Ce conte au féminin explore la psychologie de Maléfique, femme complexe, et prouve que finalement il n'y a pas de véritable méchant(e) chez Disney!

                            


jeudi 29 mai 2014

Grace de Monaco



Après le succès de La Môme (2007), Olivier Dahan se livre à nouveau à l'exercice du biopic. Cette fois, il s'agit d'un biopic resserré sur une courte période. Lorsque Grace Kelly, maintenant Grace de Monaco, souhaite reprendre le chemin des tournages. Son ami, Hitchcock, lui propose le rôle de Marnie. Son statut de princesse n'est pas sans posé problème, d'autant plus que Rainier est dans une situation difficile. Il s'oppose à de Gaulle pour défendre l'indépendance de Monaco et doit faire face à un complot ourdi par sa sœur.

Nous suivons Grace mais d'une manière assez distante pour un biopic. La crise politique et les personnalités qui gravitent autour de la famille princière (Onassis et La Callas notamment) semblent intéresser davantage le réalisateur que les tourments de la princesse.  Le spectateur a du mal à entrer en empathie avec elle. Grace se résout assez facilement à abandonner sa carrière. Une dispute publique avec Rainier et ses discussions avec le Père Tucker sont les seuls moments où la princesse semble douée d'émotion - Nicole Kidman gonflée au botox, a perdu ses expressions.  Le reste du temps, elle paraît s'effacer derrière la famille princière. Le véritable destin d'une princesse?


jeudi 8 mai 2014

Journal d'un dégonflé de Jeff Kinney

Couverture Journal d'un dégonflé, tome 1 : Carnet de bord de Greg Heffley

L'originalité  de  ce  journal  relève  de sa  forme, un "carnet de bord" qui se distingue du "journal intime", un truc de filles, selon Greg. Ce carnet illustré témoigne des journées du collégien facétieux. Entre sa famille, son copain par défaut Robert et le collège, la vie de Greg n'est pas de tout repos. 

Dans la veine de Titeuf et des autres "sales gosses" de la littérature jeunesse, ce premier carnet de bord propose de bons moments d'humour. Les dessins et le récit s'accordent parfaitement et offrent un confort de lecture pour les plus jeunes. 

mercredi 7 mai 2014

La page blanche


A Paris, une jeune femme se retrouve perdue. Assise sur un banc, elle ne sait pas ce qu'elle fait dans cet arrondissement... Plus grave, elle ne sait plus qui elle est. Le lecteur suit la quête d'identité de cette jeune fille. Comment continuer à vivre quand on a oublié qui on est? Eloïse Pinson n'a aucun souvenir en ce qui la concerne, mais comprend le monde qui l'entoure. Sa perte de mémoire est qualifiée d'"amnésie de film" par les médecins. Elle semble inexplicable, improbable et provoque quelques situations cocasses. Est-ce que ce blackout serait l'occasion de s'offrir un nouveau départ?
La première collaboration de Pénélope Bagieu (dessin) et de Boulet (scénario) fonctionne à merveille. A partir d'un thème assez usé - l'amnésie - les auteurs ont réussi à imprimer leur patte et à livrer une histoire simple, fraîche et émouvante. 


Pénélope Bagieu au Salon du Livre de Paris (mars 2014)

jeudi 1 mai 2014

Une rencontre



Malgré un casting prometteur, le dernier film de Lisa Azuelos (LOL) n'est pas une réussite. L'histoire est bourrée de clichés et peu vraisemblable. Elsa et Pierre se rencontrent à une soirée et tombent amoureux. Ils refusent de céder à la tentation car Pierre est marié et heureux. Ils décident alors de s'en remettre au hasard. Par chance, le hasard est très généreux car ils se rencontrent très souvent... Les personnages sont très stéréotypés, surtout ceux proches de l'héroïne, écrivaine cougar branchée: le jeune amoureux collant, les copines bécasses et les adolescentes têtes à claques. Et que penser de Pierre, l'avocat heureux en ménage? Pas grand-chose... François Cluzet rate son entrée dans la comédie romantique. Il est très fade et mielleux face à Sophie Marceau, très à l'aise comme à son habitude dans le rôle de la belle femme spontanée. Enfin, le montage du film, entre réalité et fantasme, accentue l'impression d'invraisemblance.

Une rencontre qui ne nécessite pas le déplacement au cinéma! 


Je vais mieux de David Foenkinos



Si ce roman n'offre rien de bien original pour les fidèles lecteurs de David Foenkinos, il n'en demeure pas moins un récit agréable. L'auteur continue à explorer les thèmes du couple et de la séparation. Dans Je vais mieux, les problèmes du héros se manifestent à travers son mal de dos inexplicable. Sa vie va basculer sur le plan professionnel, personnel - et par conséquent émotionnel. David Foenkinos propose un beau personnage d'anti-héros masculin dont la vie se trouve remise en question. L'auteur reprend les thèmes chers aux romantiques : l'art comme moyen d'expression (le héros souhaitait devenir écrivain), la réflexion sur le passé et le ravissement par le rêve. Comme dans La délicatesse, la tonalité générale du roman est mélancolique, mais se conclut par une renaissance sous forme de "happy end".
Enfin, toujours avec le même humour, David Foenkinos en profite pour glisser ses motifs récurrents (les polonais, Cioran, les romans russes, la rhapsodie des rotules et la Suisse) et nous offre une sacrée digression sur la toile cirée!



dimanche 20 avril 2014

Contribution Savoirs CDI


SavoirsCDI - Logo

Vous trouverez ICI mes deux contributions au dossier Savoirs CDI "Le professeur-documentaliste et la problématisation : état des lieux " 

-Un projet SVT/Documentation en classe de 3e
-Formuler une problématique : l'approche par le questionnement 

Le dossier est réalisé par CANOPE Académie d'Amiens pour Savoirs CDI (sous la direction de Stéphane Monroval). 


samedi 22 mars 2014

Cinéma et Seconde Guerre mondiale


Ce mois-ci, deux films sont consacrés à la Seconde Guerre mondiale: Diplomatie et Monuments Men. Le premier est adaptée de la pièce de théâtre de Cyril Gély, le second du livre de Robert Edsel.

Le réalisateur de Diplomatie, Volker Schlöndorff, propose - sur fond historique réel - une fiction. En effet, le film traite du projet de destruction de Paris en août 1944, mais la rencontre entre le consul Nordling (André Dussollier) et le Général von Choltitz (Niels Arestrup) n'a pas eu lieu de cette manière. Tout l'intérêt du film réside dans le face-à-face entre les deux hommes, leur bataille à coup d'arguments et le doute qui s'installe peu à peu. Car le Général von Choltitz hésite entre son devoir d'obéissance et sa raison. Il illustre ainsi le concept de "banalité du mal" d'Hannah Arendt et celui du "bourreau ordinaire" du psychologue américain Stanley Milgram. Les deux acteurs sont excellents: Niels Arestrup nous fait ressentir cette complexité du choix et André Dussollier est très convaincant dans le rôle du diplomate.



Le film de George Clooney se déroule également en 1944. Monuments Men raconte  l'histoire de la petite unité spéciale de l'armée américaine (sept hommes cultivés dont les métiers relèvent du domaine des arts) partie à la recherche des œuvres pillées par les nazis. Malgré la gravité du sujet, le réalisateur a opté pour la légèreté:  musique patriotique entêtante et soldats partant la fleur au fusil. On se croirait presque dans un film d'aventure... Heureusement, George Clooney va plus loin en alternant passages légers et moments dramatiques et en proposant une réflexion sur la dimension patrimoniale et mémorielle de l'art.